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***Le documentaire qui révèle la faillite scientifique et morale d’Arte sur le nucléaire

dimanche 22 novembre 2015, par PH

Arte est une chaîne de qualité, mais sur un certain nombres de sujets, elle fait preuve d’un parti pris en contradiction avec la réalité. Nous avions déjà relevé des exemples de désinformation de cette chaîne dans le domaine nucléaire ;mais avec l’émission du 29 septembre consacré au plutonium, on peut écrire que toutes les bornes de la bienséance ont été franchies. Il s’agit d’une soirée thématique consacrée au plutonium, de la page spéciale jusqu’à l’entretien avec une députée allemande soixante-huitarde, diplômée en histoire de l’art.

Donnons un aperçu de la situation, le plutonium est formé dans le combustible nucléaire sous forme de plusieurs isotopes. Lorsqu’on s’intéresse sérieusement au combustible usagé, même un antinucléaire forcené en convient : en retirer le plutonium, réduit sa toxicité d’un facteur 100, et la radiotoxicité du reste redescend au niveau de la mine suffisamment vite en cas de stockage géologique . Le plutonium ainsi séparé peut-être consommé à la place de l’uranium enrichi, puis le nouveau plutonium obtenu au bout d’un temps assez long peut être éliminé en réacteur à neutrons rapides. On envisage en effet des réacteurs de fin de cycle qui brûleront tous les actinides. Retraiter le combustible et en retirer le plutonium est donc la première étape d’un nucléaire responsable. Lorsque Kirk Sorensen, spécialiste américain du thorium, s’intéresse au combustible usé de son pays en 2010, en retirer le plutonium est la première chose qu’il envisage [1]

Le cœur de l’émission est le film du réalisateur notoirement antinucléaire, le japonais Kenichi Watanabé. Financé en partie, par la région Île de France, ce film est affiché par Arte comme un documentaire. C’est en fait un véritable instrument de propagande.

On construit d’abord la tromperie sur les intervenants. Didier Anger présenté seulement comme un ancien député européen, alors qu’il n’est surtout qu’un ancien instituteur, farouche militant antinucléaire. Nous retrouvons notre ami Mycle Schneider, consultant par la grâce du milieu antinucléaire, avoue en commission d’enquête parlementaire n’avoir aucune diplôme de l’enseignement supérieur [2]. David Boilley est un physicien, certes, mais il est surtout le président de l’ACRO, organisation antinucléaire qui interviendra un peu plus tard dans son reportage. Madame Thibaud-Mony n’est plus attitrée directrice de recherche à l’Inserm comme dans un récent article de Science et Avenir, mais seulement sociologue. Gabriel Hecht est historienne au MIT , n’a-t-on pas d’universitaire sur ce sujet en France ?

Ces référents colporteront de grossiers mensonges. Alors que Phénix, Superphénix et le BN 600 eurent prouvé dès les années quatre-vingt dix la viabilité industrielle de la filière des surgénérateurs ; David Boilley déclarera que « la filière nécessitera 100 ans de recherche et développement ». Le photovoltaïque n’est-il pas lui aussi toujours en développement depuis les années cinquante ? Gabriel Hecht prétendra qu’on ne peut pas séparer le nucléaire militaire civil du nucléaire militaire, quand La Hague lance CoEx l’extraction conjointe du plutonium et de l’uranium qui exclut tout risque de prolifération . La France vend « des sous-marins qui peuvent devenir lanceur d’engins » d’après Auger ; mais qui irait placer son arsenal nucléaire dans des sous-marins diesel ? Pour Thebaud Mony sociologue, , « il n’y a pas de seuil de toxicité en dessous duquel il n’y aurait pas d’effet sanitaire » en contradiction avec les études de médicales sur le sujet. Nous nous excusons pour les antinucléaires que nous n’aurions pas reconnus.

Amalgames
Comme dans les autres reportages antinucléaires, c’est une sorte de pèlerinage sur des sites nucléaires. Il n’y a rien à reprocher au nucléaire actuel, alors comme Laure Nouhalat les auteurs se rendent à Hanford, où a été construit en hâte un complexe nucléaire pendant la seconde guerre mondiale. Il s’agit bien sûr de faire l’amalgame, d’une part entre le nucléaire passé et le nucléaire actuel et d’autre part entre le nucléaire militaire et le nucléaire civil. On se demande ce qu’a à voir une expérience effroyable de résistance à la radioactivité, avec la séparation du plutonium que l’on opère depuis trente ans à La Hague pour réduire la toxicité de l’aval du cycle nucléaire. Les auteurs n’ayant pas d’étude épidémiologique à présenter, le reportage se contente des témoignages individuels sans grande valeur scientifique ; le risque nucléaire nécessitant des études statistiques.

Le Gros Bobard
On s’attarde ensuite au pays du soleil levant, c’est là qu’on atteint le point culminant du reportage : Arte présente la volonté de retraiter au Japon comme un chemin vers la bombe atomique : « le Japon possède 47 tonnes de plutonium , de quoi fabriquer 4000 bombes atomique », tout ce passage est très grave car il et dénote un inculture totale du nucléaire : les réacteurs japonais REP et REB fournissent du plutonium riche en isotopes 240 et 238 qui le rendent impropre à la fabrication d’une bombe atomique, tout simplement.

Les comparaisons débiles
La rhétorique antinucléaire passe par la fabrication de comparaisons non justifiées, il s’agit à chaque fois de faire passer que ce que fait l’industrie nucléaire, c’est moins bien, ainsi « Le mox est 5 millions de fois plus radioactifs que l’uranium » : en effet l’uranium étant déjà très peu radioactif et puisqu’on retire de la radioactivité à enfouir pour la remettre dans un réacteur de radioactif dans un cœur, ça semble logique.
Le préleveur de l’ACRO répétera la phrase qu’il a apprise par cœur « En terme d’activité rejetée. Pour certains éléments, on dit même que les rejets pour certains éléments sont comparables à ceux de l’ensemble du parc nucléaire français, donc des cinquante-huit réacteurs ». Comme les réacteurs ne rejettent presque rien et que Mycle a expliqué auparavant que c’est lorsqu’on scinde la gaine que l’on libère la radioactivité , c’est assez logique.

Le faux scoop d’Arte piégée par la radioactivité naturelle
Vers la fin du reportage, on revient sur le ruisseau Sainte Hélène,en aval du site de stockage de La hague, c’est une source déjà présentée dans le reportage de Canal+. Encore une fois, il s’agit d’un site de stockage qui ne découle par d’une programme nucléaire, mais des premières unités de séparations que l’on pressait pour construire la bombe au début des années soixante et il n’est pas considéré comme une référence dans l’industrie nucléaire puisqu’on s’est engagé sur la voie de la vitrification et du stockage géologique profond. C’est donc en se référant à un nucléaire dépassé que les auteurs brandiront « le spectre d’une contamination (...) précise et irréfutable ». Devant les caméras dans un salon bourgeois, Thébaud Mony examine le document et y voit « une preuve accablante », elle veut « déposer au plainte au pénal ». Sur le document, on apparaissent les valeurs : moins d’un becquerel d’activité alpha par kilogramme de matière sèche, c’est une valeur compatible avec les dépôts atmosphériques de plutonium dus aux essais atmosphériques, mais surtout largement négligeable devant la radioactivité naturelle du sol qui est de l’ordre de 70 becquerels par kilogramme. On comprend que les auteurs qui ne connaissent pas la radioactivité naturelle, se permettent des jugements subjectifs et délirants : « Les rejets dans l’air comme dans l’eau sont considérables, ils vont polluer en particulier les milieux marins de l’Atlantique nord ».

Conclusions
En guise de documentaire, Arte nous ressert les mêmes critiques injustifiées par le petit groupe de mêmes personnes, qui revient sur les mêmes lieux. On notera en particulier le message irréaliste d’une industrie nucléaire au service de la bombe ; l’histoire montre au contraire que c’est le nucléaire civil qui a profité du nucléaire militaire et non l’inverse : les réacteurs à eau pressurisée dérivent des réacteurs de sous-marins, les molécules qui servent à extraire le plutonium des bombes ont été utilisés pour recycler le combustible et les réacteurs civils ont consommés la matière fissile des têtes nucléaires après les accords de désarmement.

Arte a donc diffusé par aveuglement antinucléaire un pur produit de propagande au service de l’industrie éolienne d’Outre-Rhin, ce qui est déjà assez scandaleux ; mais les conséquences vont encore plus loin. En effet, le reportage n’a pas été seulement signalés par les sites militants antinucléaires mais aussi par des journaux comme Le Monde et Science et Avenir qui n’ont pas détecté la supercherie, dévoilant ainsi leur incompétence.


Voir en ligne : le film accessible sur youtube


[1On pourra regarder par exemple Is nuclear waste really waste ? à la 22ème minute.

[2Compte rendu 41 du jeudi 10 avril 2014, de la comission d’enquête sur les coûts de la filière nucléaire

Messages

  • Madame Hecht a commis il y a une petite dizaine d’année un livre "Le rayonnement de la France", sujet de sa thèse je crois, qui vaut vraiment d’être lu.
    Elle est allé interroger tous les vieux crocodiles du nucléaire des années 70, qui se sont "lâchés", n’étant plus aux affaire, devant cette jeune femme.
    Comme quoi, l’effet Mata Hari fonctionne toujours !
    Effectivement, cela n’est un secret pour personne qu’en France le nucléaire civil a profité des premiers réacteurs nucléaires plutonigènes pour apprendre à faire de l’électricité, et qu’en ce sens ils sont historiquement liés.
    Pour le reste, on peut ne pas être d’accord avec toutes les conclusions qu’elle tire en terme de socio-politique et de ressenti national. Il n’empêche, c’est un regard frais venu de l’extérieur sur notre pratique nucléaire que, toutes portions gardées, on pourrait comparer à celui d’un Robert Paxton sur l’occupation.
    Je crois qu’elle s’est retrouvée dans cette galère sur Arte à cause de la réédition récente de son livre car, si je souviens bien de son livre, elle n’apparaît pas comme spécialement anti-nucléaire.

    • Merci de votre contribution, je m’en tiens aux propos de Madame Hecht dans le documentaire
      Madame Hecht intervient deux fois, à 1h 26 , elle reproche à Marcoule d’être d’abord un réacteur plutinogène, et surtout à 1h50 elle déclare :
      - « La grande illusion prônée par l’industrie nucléaire, par les gouvernements aussi d’ailleurs, c’est cette idée qu’on peut séparer de manière nette, claire et contrôlable, le nucléaire civil et le nucléaire militaire. Or cette séparation n’est jamais aussi nette, ni du point de vue technique et scientifique, ni du point de vue politique, qu’on l’espère »

      Son intervention contribue donc à appuyer les mensonges de ce reportage. D’abord elle totalement obnubilée par son enquête en France :elle parle du nucléaire en général, en affirmant un lien indéfectible entre nucléaire civil et nucléaire militaire, ce qui est ridicule, il suffit de considérer les cas de la Suède et de la Suisse qui ont un secteur nucléaire civil sans nucléaire militaire.

      Elle également dépassée car son propos nous ramène au mieux avant 1994 lorsqu’il y avait encore des réacteurs UNGG en service et même avant 1977, car depuis les réacteurs civils mis en service lors du programme nucléaire, ne produisent que du plutonium non militaire. À la date de ce reportage, on avait déjà mis au point depuis 2008 le procédé de retraitement CoEx qui interdit de récupérer du plutonium pur.
      Madame Hecht n’a pris en compte ni la composition isotopique, ni la composition chimique, difficile de la considérer comme une experte du sujet quelque soit la qualité des témoignages qu’elle a recueilli. On préférera ceux que Nicole Colas Linhart a rassemblé dans son livre La saga nucléaire.

      Il convient aussi de ne pas se focaliser seulement sur le passé et de surtout de réfléchir comment relever cette industrie en France.

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